Sémione
Ivanovitch Prokhartchine (que l’on pourrait approximativement traduire par
Monsieur Gagne-Petit) est le pingre, éternel humilié, mesquin et pleurnichard
jusqu’à l’absurde. Sémione Ivanovitch, modeste mais sobre fonctionnaire, placé
en congé d’office à la suite de quelque restructuration, se tord, délire,
gémit, se plaint et finit par "casser sa pipe", vaincu par
l’infortune de sa nouvelle condition de pauvre impuissant et patenté, sous le
regard tour à tour irrité, compassionnel, exaspéré, haineux, magnanime de ses
copensionnaires de l’appartement d’Oustinia Fedorovna. Mais, l’histoire ne peut
se conclure aussi banalement. Bien évidemment, Sémione Ivanovitch cachait, dans
sa maigre paillasse, un stupéfiant secret, un magot, en billets et
piécettes, aussi considérable qu’inutile. Vous font de belles jambes les magots une
fois mort.
Ah ! si seulement
Semione Ivanovitch avait été pêcheur, il ne serait pas mort, car enfin,
l’eau de la mer ou des rivières lave, nettoie, rince, engloutit,
submerge, dilue jusqu’à la dernière molécule de nerf, rage, ennui,
bassesse, mesquinerie, noirceur ou plus ou moins feinte impuissance.
L’eau de la mer et des rivières et les poissons qu’elle renferme vous
contraignent en toutes circonstances (enfin presque) à la plus
élémentaire dignité.
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