tribulations halieutiques et autres petites choses

jeudi 27 février 2014

Si seulement Sémione Ivanovitch avait été pêcheur

Sémione Ivanovitch Prokhartchine (que l’on pourrait approximativement traduire par Monsieur Gagne-Petit) est le pingre, éternel humilié, mesquin et pleurnichard jusqu’à l’absurde. Sémione Ivanovitch, modeste mais sobre fonctionnaire, placé en congé d’office à la suite de quelque restructuration, se tord, délire, gémit, se plaint et finit par "casser sa pipe", vaincu par l’infortune de sa nouvelle condition de pauvre impuissant et patenté, sous le regard tour à tour irrité, compassionnel, exaspéré, haineux, magnanime de ses copensionnaires de l’appartement d’Oustinia Fedorovna. Mais, l’histoire ne peut se conclure aussi banalement. Bien évidemment, Sémione Ivanovitch cachait, dans sa maigre paillasse, un stupéfiant secret, un magot, en billets et piécettes, aussi considérable qu’inutile. Vous font de belles jambes les magots une fois mort.

Ah ! si seulement Semione Ivanovitch avait été pêcheur, il ne serait pas mort, car enfin, l’eau de la mer ou des rivières lave, nettoie, rince, engloutit, submerge, dilue jusqu’à la dernière molécule de nerf, rage, ennui, bassesse, mesquinerie, noirceur ou plus ou moins feinte impuissance. L’eau de la mer et des rivières et les poissons qu’elle renferme vous contraignent en toutes circonstances (enfin presque) à la plus élémentaire dignité.

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